Le poltergeist : ce que le mot désigne, et les affaires qui ont compté
Le mot est allemand : poltern, faire du bruit, et Geist, esprit. « Esprit frappeur » en français. Il désigne un ensemble de phénomènes bien délimité, et le confondre avec une hantise ordinaire fait rater l’essentiel.
Le récit type
Des coups dans les murs, d’abord espacés puis réguliers. Des objets qui tombent, glissent, ou se retrouvent ailleurs. Des meubles déplacés. Parfois des projections — un couvert, un livre — qui atteignent rarement quelqu’un. L’épisode dure quelques semaines à quelques mois, puis s’arrête. Et une régularité frappe tous ceux qui s’y sont intéressés : les phénomènes se produisent presque toujours en présence d’une personne précise, souvent un adolescent, que la littérature appelle l’agent focal.
Les deux affaires qui ont compté
Rosenheim, 1967. Dans un cabinet d’avocat bavarois, les lampes explosent, le téléphone compose seul des numéros, les relevés électriques affolent les compteurs. L’affaire est instruite par le physicien Friedbert Karger, du Max-Planck-Institut, et par le parapsychologue Hans Bender. Les techniciens de la compagnie d’électricité constatent des pics de tension qu’ils ne relient à aucune cause du réseau. Les phénomènes cessent quand une employée quitte le cabinet. Aucune explication complète n’a été produite, et c’est l’un des rares dossiers dont on peut dire cela sans complaisance.
Enfield, 1977-1979. Dans une maison du nord de Londres, deux sœurs rapportent coups, déplacements de meubles et une voix grave. L’affaire occupe la presse britannique pendant deux ans. Elle est plus discutée : les enquêteurs Maurice Grosse et Guy Lyon Playfair y ont cru, d’autres observateurs ont constaté des supercheries avérées de la part des enfants, reconnues par elles plus tard, tout en soutenant que tout n’était pas truqué. C’est le cas d’école du dossier mixte, et le plus honnête à présenter comme tel.
Ce qu’on en sait. Trois pistes rendent compte de la majorité des cas. La supercherie, d’abord, souvent le fait d’un adolescent, et souvent sans intention de nuire : Enfield en donne l’exemple. Les causes matérielles ensuite — tassements, vibrations d’un chantier voisin, réseau électrique instable — qui expliquent les bruits sinon les déplacements. L’attention sélective enfin : une fois le récit installé, chaque objet retrouvé ailleurs entre dans le dossier, et ceux qui n’y entrent pas ne sont jamais comptés.
Reste que Rosenheim n’a pas reçu d’explication, et que la régularité de l’agent focal n’en a pas non plus. Le fait que des cas soient truqués ne dit rien de ceux qui ne l’ont pas été : c’est le raisonnement qui manque le plus souvent dans les deux camps.
Pour creuser
La distinction entre hantise et poltergeist, et les causes matérielles, sont détaillées dans fantômes et hantises. Pour la méthode d’enquête appliquée pas à pas, voir comment on enquête sur une hantise. Les enregistrements qui accompagnent souvent ces affaires sont traités dans les voix électroniques, et les lieux qui portent ce type de récit dans lieux hantés.
Les questions qu’on m’écrit
Quelle différence entre un poltergeist et une hantise ?
La hantise est attachée à un lieu et se répète parfois sur des années. Le poltergeist est court — quelques semaines à quelques mois — bruyant, et attaché à une personne : la littérature parle d'agent focal, souvent un adolescent. Les phénomènes cessent généralement quand cette personne s'éloigne, ce qui est la régularité la plus constante du dossier.
Qu'est-ce que l'affaire de Rosenheim ?
Un cabinet d'avocat bavarois où, en 1967, les lampes explosaient, le téléphone composait seul des numéros et les compteurs s'affolaient. L'affaire a été instruite par le physicien Friedbert Karger, du Max-Planck-Institut, et par Hans Bender. Les techniciens de la compagnie d'électricité ont constaté des pics de tension sans cause identifiée sur le réseau, et les phénomènes ont cessé au départ d'une employée.
L'affaire d'Enfield était-elle truquée ?
En partie, et c'est reconnu : les deux sœurs ont admis avoir simulé certains phénomènes. Les enquêteurs Maurice Grosse et Guy Lyon Playfair ont soutenu que tout ne l'était pas. C'est le cas d'école du dossier mixte, et le présenter autrement — tout vrai ou tout faux — revient à choisir ce qu'on garde.
Dans la même famille : Fantômes et hantises
Pour creuser ailleurs
- Les catacombes de Paris : le lieu, et ce qu’on y raconte — Lieux hantés
- Ce qu’on prend pour un OVNI : la liste, par fréquence — OVNI et phénomènes du ciel
- La cryptozoologie : ce qu’elle cherche, et à quelles conditions — Créatures et cryptides
- Les sorties de corps : ce que la stimulation cérébrale a montré — Expériences et EMI
- Comment une légende urbaine se fabrique — Légendes et folklore