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La cryptozoologie : ce qu’elle cherche, et à quelles conditions

Créatures et cryptides
Photo : AnonymousUnknown author, Public domain

Le mot désigne la recherche d’animaux dont l’existence n’est pas établie. Il est forgé au milieu du XXe siècle et son usage se fixe autour du zoologue belge Bernard Heuvelmans, dont Sur la piste des bêtes ignorées paraît en 1955 et reste l’ouvrage de référence du domaine.

Une question légitime

La cryptozoologie n’est pas une discipline universitaire, et les zoologues la tiennent à distance — souvent avec raison, vu ce qui s’y publie. Mais la question qu’elle pose est réelle : à quelles conditions admet-on qu’une espèce existe ? Répondre « quand on l’a vue » ne suffit pas, parce que les témoignages visuels sont mauvais pour cela. Répondre « quand on l’a photographiée » ne suffit pas non plus, et le siècle écoulé l’a amplement démontré.

La règle : le spécimen type

En zoologie, décrire une espèce nouvelle suppose un spécimen type : un individu conservé, déposé dans une collection publique, et décrit dans une publication qui lui attribue un nom scientifique selon les règles de nomenclature. Pas de spécimen, pas de description valide. L’exigence paraît sévère ; elle est la raison pour laquelle les espèces décrites tiennent dans le temps et peuvent être réexaminées des décennies plus tard.

Une précision qui change tout : un spécimen n’est pas forcément un animal vivant capturé. Un cadavre, des restes, des os suffisent. Ce qui ne suffit pas : une photographie, un film, une empreinte, un poil non analysé, un témoignage.

Ce qu’on en sait. Cette règle est régulièrement satisfaite, et c’est ce qui donne du corps à l’argument des cryptozoologues. Des espèces de taille respectable continuent d’être décrites : le saola, un bovidé du Viêt Nam, en 1992 ; le kipunji, un primate tanzanien, en 2005 ; et plusieurs espèces de cétacés au cours des dernières décennies. Avant eux, l’okapi, décrit en 1901, et le cœlacanthe, retrouvé vivant en 1938 alors qu’on le croyait éteint depuis des dizaines de millions d’années, sont les deux exemples que la discipline cite systématiquement.

Ce que ces cas ont en commun, et que les cryptides célèbres n’ont pas : ils ont été décrits à partir de restes, pas de témoignages. Le saola a été identifié à partir de crânes trouvés chez des chasseurs. Le cœlacanthe, à partir d’un poisson pêché et conservé.

Ce que cela implique : l’absence de spécimen après des décennies de recherche sur un territoire restreint — le Loch Ness est un lac fermé et sondé — pèse lourd. Elle ne prouve pas l’inexistence, mais elle s’accumule.

Pour creuser

Deux dossiers où la règle n’a pas été satisfaite sont traités dans le monstre du Loch Ness et Bigfoot et yéti. Un dossier où les faits sont établis mais pas l’animal est exposé dans la bête du Gévaudan. Pour la façon dont ces récits circulent, voir légendes et folklore.

Les questions qu’on m’écrit

Qu'est-ce qu'un spécimen type ?

Un individu conservé et déposé dans une collection publique, décrit dans une publication qui lui attribue un nom scientifique selon les règles de nomenclature. C'est la condition pour qu'une espèce soit valablement décrite. Un cadavre ou des os suffisent : ce qui ne suffit pas, c'est une photographie, un film, une empreinte ou un témoignage.

Découvre-t-on encore de grandes espèces ?

Oui. Le saola, un bovidé du Viêt Nam, a été décrit en 1992 ; le kipunji, un primate tanzanien, en 2005 ; plusieurs cétacés au cours des dernières décennies. Avant eux, l'okapi en 1901 et le cœlacanthe retrouvé vivant en 1938. Tous ont été décrits à partir de restes, pas de témoignages.

Qui est Bernard Heuvelmans ?

Un zoologue belge dont l'ouvrage Sur la piste des bêtes ignorées, paru en 1955, a fixé l'usage du mot cryptozoologie et reste la référence du domaine. La discipline n'est pas universitaire et les zoologues la tiennent à distance, mais la question qu'elle pose — à quelles conditions admet-on qu'une espèce existe — est légitime.

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