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La paralysie du sommeil, la vieille et la mara

Expériences et EMI
Photo : Tulip Hysteria / Go to albums, CC BY 2.5

C’est l’une des rares expériences de ce site dont on connaisse le mécanisme, et l’une de celles qui ont produit le plus de folklore. Les deux faits sont liés.

Ce qui se passe

Pendant le sommeil paradoxal, le cerveau inhibe la commande des muscles volontaires : c’est l’atonie musculaire, qui empêche de mettre en acte ce qu’on rêve. Dans la paralysie du sommeil, le réveil de la conscience survient alors que cette atonie n’a pas encore cessé. La personne est éveillée, perçoit sa chambre, et ne peut ni bouger ni parler. L’épisode dure de quelques secondes à quelques minutes et cesse de lui-même.

S’y ajoutent très fréquemment trois éléments : une sensation de poids sur la poitrine ou d’étouffement, liée à la perception de la respiration redevenue consciente ; une présence dans la pièce, souvent décrite comme hostile ; et parfois une silhouette perçue, voire des sons. Ces perceptions sont des hallucinations hypnopompiques — des éléments du rêve qui se superposent à la chambre réelle.

Les figures du folklore

Partout où le phénomène existe, c’est-à-dire partout, une figure l’a nommé. En France, la vieille ou la chauchevieille selon les régions, qui vient s’asseoir sur la poitrine du dormeur. Dans le monde germanique, la mara, dont notre mot cauchemar tire la seconde moitié — cauche, de caucher, presser, et mar. Au Japon, le kanashibari. À Terre-Neuve, la Old Hag.

Le tableau le plus connu qui la représente est Le Cauchemar de Johann Heinrich Füssli, peint en 1781 : une dormeuse renversée, une créature accroupie sur sa poitrine, une tête de cheval dans l’ombre. Le tableau a fait scandale et il est devenu l’image canonique du phénomène, bien avant qu’on le décrive médicalement.

Ce qu’on en sait. Le mécanisme est bien établi par la médecine du sommeil. Le phénomène est fréquent : les estimations varient beaucoup selon les méthodes, mais une part importante de la population en vit au moins un épisode au cours de sa vie. Il est plus courant lors de privation de sommeil, d’horaires décalés, de stress, et en position sur le dos.

La constance des récits à travers les cultures — paralysie, poids, présence — s’explique par un mécanisme commun. Ce que chaque culture ajoute, c’est l’identité de la présence : vieille, démon, djinn, visiteur gris. Depuis les années 1960, cette identité a pris une forme nouvelle dans le monde occidental, et une partie des récits d’enlèvement nocturne — immobilité, présence au pied du lit, incapacité à crier — en reprend exactement la structure.

Des épisodes répétés et pénibles relèvent d’un médecin, qui pourra chercher une cause associée.

Pour creuser

Les récits de présence nocturne attribués à une hantise sont traités dans fantômes et hantises, et la méthode d’enquête dans comment on enquête sur une hantise. Les récits d’enlèvement croisent OVNI et phénomènes du ciel, et les figures nocturnes du folklore la chasse sauvage.

Les questions qu’on m’écrit

Pourquoi ne peut-on pas bouger pendant un épisode ?

Parce que l'atonie musculaire propre au sommeil paradoxal — l'inhibition des muscles volontaires qui empêche de mettre en acte ses rêves — n'a pas encore cessé au moment où la conscience se réveille. La personne perçoit sa chambre sans pouvoir bouger ni parler. L'épisode dure de quelques secondes à quelques minutes et cesse de lui-même.

D'où vient le mot cauchemar ?

De deux éléments : cauche, de caucher, presser, et mar, qui renvoie à la mara germanique — une figure nocturne qui vient s'asseoir sur la poitrine du dormeur. La même figure existe en France sous le nom de vieille ou de chauchevieille selon les régions, au Japon sous celui de kanashibari, à Terre-Neuve sous celui de Old Hag.

Quel rapport avec les récits d'enlèvement ?

Une partie de ces récits en reprend exactement la structure : immobilité, présence au pied du lit, incapacité à crier, survenue nocturne. Le mécanisme est commun à toutes les cultures ; ce que chacune ajoute, c'est l'identité prêtée à la présence. Depuis les années 1960, cette identité a pris une forme nouvelle dans le monde occidental.

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