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Les superstitions françaises : ce que leurs origines disent vraiment

Légendes et folklore
Photo : Peter Nicolai Arbo, Public domain

Les articles sur l’origine des superstitions sont parmi les plus recopiés du web francophone, et parmi les moins fiables. Un principe simple permet de les lire : quand plusieurs explications concurrentes circulent pour une même superstition, c’est généralement qu’aucune n’est documentée.

Le vendredi 13

C’est le cas d’école. L’explication qu’on lit partout : l’arrestation des Templiers par Philippe le Bel le vendredi 13 octobre 1307. L’arrestation est historique, la date est exacte. Le lien avec la superstition, lui, n’apparaît dans aucun texte avant le XXe siècle — il s’agit d’une reconstruction rétrospective, popularisée par des romans.

Ce qu’on peut établir : la crainte du nombre 13 et celle du vendredi existent séparément et anciennement, la seconde pour des raisons chrétiennes. Leur combinaison en une superstition propre au « vendredi 13 » n’est en revanche attestée qu’à partir du XIXe siècle, et surtout dans le monde anglo-saxon avant de se diffuser.

Les autres cas

Passer sous une échelle : les explications proposées vont du triangle symbolisant la Trinité à l’échelle de la potence, en passant par la simple prudence — un objet peut tomber. La dernière est la seule qu’on puisse établir, et c’est probablement la bonne.

Le miroir brisé et ses sept ans de malheur : la croyance que le reflet contient quelque chose de la personne est ancienne et largement répandue ; les « sept ans de malheur» sont beaucoup plus récents, et l’explication par le prix du miroir sous l’Ancien Régime — un objet de luxe qu’un domestique mettait des années à rembourser — est séduisante, souvent citée, et non documentée.

Le sel renversé : le sel a été une denrée précieuse et un symbole de conservation et d’alliance dans de nombreuses cultures, et son gaspillage a été mal vu bien avant d’être néfaste. L’explication par la Cène et le sel renversé par Judas vient de l’iconographie, notamment de la fresque de Léonard, et donc du XVe siècle au plus tôt — soit bien après la superstition.

Ce qu’on en sait. Un constat général se dégage des travaux de folkloristes : les superstitions se réexpliquent à chaque époque. Une pratique se transmet, son motif d’origine se perd, et chaque génération lui en donne un nouveau, emprunté à ce qu’elle connaît — la religion, puis l’histoire, aujourd’hui la psychologie ou les neurosciences. L’explication qu’on en lit dit donc davantage sur l’époque qui l’avance que sur la superstition elle-même.

Deuxième constat : la plupart des superstitions françaises courantes sont attestées dans les recueils du XIXe siècle, période de collecte intense — et c’est aussi la période où le travail de collecte a parfois complété ce qu’il trouvait. Les grands recueils d’Arnold Van Gennep au XXe siècle restent la base solide du domaine.

Pour creuser

La même logique de datation s’applique aux lieux : voir Brocéliande et le château de Brissac. Les récits contemporains obéissent à d’autres règles, décrites dans comment une légende urbaine se fabrique. Pour un motif réellement ancien, voir la chasse sauvage.

Les questions qu’on m’écrit

Le vendredi 13 vient-il des Templiers ?

Non. L'arrestation des Templiers par Philippe le Bel le vendredi 13 octobre 1307 est historique, mais le lien avec la superstition n'apparaît dans aucun texte avant le XXe siècle : c'est une reconstruction rétrospective popularisée par des romans. La crainte du 13 et celle du vendredi existent séparément et anciennement ; leur combinaison n'est attestée qu'à partir du XIXe siècle.

Pourquoi plusieurs explications circulent-elles pour une même superstition ?

Parce que les superstitions se réexpliquent à chaque époque : la pratique se transmet, son motif d'origine se perd, et chaque génération lui en donne un nouveau emprunté à ce qu'elle connaît. L'explication qu'on en lit dit donc davantage sur l'époque qui l'avance que sur la superstition. Plusieurs explications concurrentes signalent qu'aucune n'est documentée.

D'où viennent les sept ans de malheur du miroir brisé ?

La croyance que le reflet contient quelque chose de la personne est ancienne et répandue ; les sept ans sont beaucoup plus récents. L'explication par le prix du miroir sous l'Ancien Régime, qu'un domestique aurait mis des années à rembourser, est séduisante et souvent citée, mais elle n'est pas documentée.

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