Passer au contenu

La chasse sauvage et la Mesnie Hellequin

Légendes et folklore
Photo : Peter Nicolai Arbo, Public domain

C’est l’un des motifs les plus anciens et les mieux attestés du folklore européen, et l’un des rares dont on puisse suivre la trace sur près de mille ans de textes.

Le récit

Un cortège traverse le ciel la nuit : cavaliers, chiens, parfois chariots, dans un vacarme de cors et d’aboiements. Il passe au-dessus des maisons ou le long des chemins. Le voir est un présage — de mort, de guerre, de mauvaise récolte selon les régions. Celui qui se moque ou qui tente de le suivre est emporté.

La version française porte un nom : la Mesnie Hellequin, c’est-à-dire la maisonnée, la troupe d’Hellequin. Le nom lui-même a une descendance inattendue : on le rattache généralement à l’Arlequin de la commedia dell’arte, dont le masque noir et le rôle de meneur de bande conserveraient quelque chose de la figure infernale d’origine.

Les textes

La mention la plus célèbre est celle d’Orderic Vital, moine normand, dans son Histoire ecclésiastique rédigée dans la première moitié du XIIe siècle. Il rapporte le récit d’un prêtre, Gauchelin, qui aurait vu passer en janvier 1091 une troupe immense de piétons, de cavaliers et de chevaliers, et y aurait reconnu des morts récents. Le texte est long, précis, et donne des noms.

Le motif se retrouve dans toute l’Europe du Nord et de l’Ouest, sous d’autres noms : Wilde Jagd dans le monde germanique, Wild Hunt en Angleterre, Oskoreia en Norvège. Les meneurs changent selon les régions — un roi, un chasseur maudit, une figure divine.

Ce qu’on en sait. Le motif est solidement attesté : ce n’est pas une reconstitution du XIXe siècle, contrairement à beaucoup de traditions présentées comme anciennes. Les textes médiévaux existent, ils sont nombreux, et les folkloristes en ont tracé la diffusion.

Sur l’origine, deux lectures coexistent. L’une y voit une christianisation de croyances antérieures sur les morts errants, le cortège devenant celui des âmes en peine ou des damnés. L’autre souligne la fonction sociale du récit : il circule en hiver, aux périodes de veillée, et il dit quelque chose du rapport aux morts récents d’une communauté. Les deux ne s’excluent pas.

Sur ce qu’on entendait réellement, les hypothèses naturelles existent et valent ce qu’elles valent : migrations nocturnes d’oiseaux bruyants — les oies sauvages produisent exactement un cri de meute en vol —, vents de tempête dans les forêts, aurores boréales aux latitudes nordiques. Aucune n’a été démontrée pour un cas précis, et aucune n’explique à elle seule la stabilité du motif sur mille ans.

Pour creuser

Les figures nocturnes expliquées par un mécanisme connu sont traitées dans la paralysie du sommeil. L’autre grande figure du folklore animal est décrite dans le loup-garou. Pour la fabrication et la datation des traditions, voir les superstitions françaises et comment une légende urbaine se fabrique.

Les questions qu’on m’écrit

Qu'est-ce que la Mesnie Hellequin ?

Le nom français de la chasse sauvage : un cortège aérien de cavaliers, de chiens et parfois de chariots traversant le ciel la nuit dans un vacarme de cors et d'aboiements. Le voir est un présage de mort, de guerre ou de mauvaise récolte selon les régions. Mesnie signifie maisonnée, la troupe d'Hellequin.

Quelle est la plus ancienne mention française ?

Celle d'Orderic Vital, moine normand, dans son Histoire ecclésiastique rédigée dans la première moitié du XIIe siècle. Il rapporte le récit du prêtre Gauchelin, qui aurait vu passer en janvier 1091 une troupe immense de piétons, de cavaliers et de chevaliers, et y aurait reconnu des morts récents. Le texte est long, précis, et donne des noms.

Y a-t-il un lien avec Arlequin ?

Le nom d'Hellequin est généralement rattaché à celui de l'Arlequin de la commedia dell'arte, dont le masque noir et le rôle de meneur de bande conserveraient quelque chose de la figure infernale d'origine. C'est l'une des filiations les plus souvent citées entre folklore médiéval et théâtre moderne.

Dans la même famille : Légendes et folklore

Toute la rubrique Légendes et folklore

Pour creuser ailleurs