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Brocéliande : la forêt, la légende, et ce qui les relie

Lieux hantés
Photo : hugh llewelyn, CC BY-SA 2.0

Brocéliande est le lieu le plus visité du légendaire arthurien français. Son cas est instructif parce qu’il superpose trois couches très différentes : une forêt réelle, des textes médiévaux, et une toponymie récente.

Les textes

La forêt de Brocéliande apparaît dans la littérature au XIIe siècle. Wace, dans son Roman de Rou vers 1160, raconte s’y être rendu pour vérifier les prodiges qu’on lui attribuait — notamment la fontaine qui déclenche l’orage — et conclut, avec une honnêteté dont on lui sait gré depuis huit siècles, qu’il n’y a rien vu : « Fol i alai, fol m’en revinc ». Chrétien de Troyes situe dans cette forêt des épisodes d’Yvain ou le Chevalier au lion, autour de la fontaine et du perron.

Ces textes établissent donc un fait littéraire solide : au XIIe siècle, une forêt bretonne nommée Brocéliande est associée à des merveilles, et un auteur sérieux est allé voir.

Les lieux

Aujourd’hui, Brocéliande est identifiée à la forêt de Paimpont, en Ille-et-Vilaine. On y visite le tombeau de Merlin, la fontaine de Barenton, le Val sans Retour, l’Arbre d’or. Le site est aménagé, balisé, et très fréquenté.

Ce qu’on en sait. L’identification de Brocéliande à Paimpont n’est pas médiévale : elle s’impose au XIXe siècle, portée par l’érudition romantique et par l’intérêt pour les « antiquités celtiques ». D’autres localisations ont été proposées, et la question reste discutée entre historiens.

Le tombeau de Merlin est le cas le plus net : il s’agit des vestiges d’une allée couverte néolithique, c’est-à-dire d’un monument antérieur de plusieurs millénaires à toute littérature arthurienne, et il n’est désigné comme tombeau de Merlin qu’à partir du XIXe siècle. Le monument a de surcroît été en grande partie détruit vers 1890 par des chercheurs de trésor : ce qu’on voit aujourd’hui en est le reste.

La fontaine de Barenton, elle, est bien attestée anciennement, et c’est à son sujet que Wace écrit. Quant à l’Arbre d’or, c’est une œuvre de l’artiste François Davin, installée en 1991 après l’incendie de 1990 qui a ravagé le Val sans Retour. Elle est contemporaine et ne s’en cache pas.

Rien de tout cela ne retire son intérêt au lieu. Une forêt que Wace est allé voir en 1160 reste une forêt que Wace est allé voir.

Visiter

La forêt de Paimpont est en partie privée et en partie accessible. Les sites principaux sont balisés et libres d’accès dans la journée, avec des restrictions en période de risque d’incendie. Les centres d’information locaux fournissent les cartes.

Pour creuser

La fabrication des traditions au XIXe siècle est traitée dans les superstitions françaises et légendes et folklore. Les créatures associées aux forêts relèvent de créatures et cryptides. Pour les autres lieux, voir le château de Brissac.

Les questions qu’on m’écrit

Brocéliande est-elle la forêt de Paimpont ?

C'est l'identification courante, mais elle n'est pas médiévale : elle s'impose au XIXe siècle, portée par l'érudition romantique. D'autres localisations ont été proposées et la question reste discutée entre historiens. Ce qui est établi, c'est qu'une forêt bretonne nommée Brocéliande est associée à des merveilles dès le XIIe siècle.

Le tombeau de Merlin est-il un tombeau ?

C'est le reste d'une allée couverte néolithique, donc un monument antérieur de plusieurs millénaires à toute littérature arthurienne. Il n'est désigné comme tombeau de Merlin qu'à partir du XIXe siècle, et il a été en grande partie détruit vers 1890 par des chercheurs de trésor.

Qu'a écrit Wace sur Brocéliande ?

Dans son Roman de Rou, vers 1160, il raconte s'y être rendu pour vérifier les prodiges qu'on lui attribuait, notamment la fontaine qui déclenche l'orage, et conclut n'avoir rien vu : « Fol i alai, fol m'en revinc » — j'y suis allé en fou, j'en suis revenu en fou. C'est l'un des premiers récits de vérification sur place de la littérature française.

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